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Pharmacien agressé pour la vaccination COVID-19

Les habitants de Rambouillet, dans les Yvelines, ne peuvent plus se faire vacciner contre le Covid-19 à la Pharmacie de la Gare. Alexandre Bonnuit, le responsable de l’officine, a pris la décision de stopper la vaccination après de multiples agressions “pour la sécurité de mon équipe, de moi-même et de mes patients”, explique-t-il au Parisien. “Les gens viennent se faire vacciner, car ils n’ont pas le choix et déversent leur frustration sur nous. Quant à ceux qui effectuent des tests, ils râlent dès qu’ils doivent attendre cinq minutes. On se fait traiter de collabos, suppôts du pouvoir, assassins…”, regrette-t-il dans les colonnes de L’Echo Républicain, qui a révélé cette affaire.

Le 18 août dernier, une énième agression a été celle de trop. Un homme, qui n’avait pas pris rendez-vous pour se faire vacciner, a insulté et menacé de mort une préparatrice et le pharmacien. Prévenue, la police est intervenue, mais a laissé repartir l’individu, connu des forces de l’ordre. Le lendemain, l’agresseur a croisé une employée de la pharmacie dans les transports en commun et s’en serait de nouveau pris à elle verbalement, la menaçant de l’agresser sexuellement notamment. La police aurait refusé de prendre la plainte de l’employée en question, l’encourageant à déposer une main courante.

Alors qu’il a équipé sa pharmacie de caméras de surveillance et qu’il compte proposer des cours de self-défense à ses employés, Alexandre Bonnuit assure que deux membres de son équipe ont déjà démissionné ces derniers mois “à cause de cette agressivité ambiante”. “Il ne faut pas s’étonner si les pharmacies proposent de moins en moins la vaccination à Rambouillet et ailleurs. On ne se sent pas du tout soutenu par l’État. Il est largement temps qu’il s’occupe de ses soignants”, assène le pharmacien, qui assure “n’avoir jamais vu un tel niveau de violence” en 10 ans d’exercice de sa fonction à Rambouillet. Il n’a pas précisé s’il comptait à terme reprendre la vaccination contre le Covid-19 dans sa pharmacie.

 

« Vaccine-moi, sinon t’es mort ! »

Alexandre Bonnuit n’en revient pas de ces paroles menaçantes prononcées au comptoir de son officine  :  « Vaccine-moi, sinon t’es mort ! » intime un homme qui se pointe à l’improviste dans la pharmacie, le 18 août. « Pendant un quart d’heure, l’homme était menaçant en gardant sa main dans une poche. Chaque minute était longue. J’ai tourné autour pour déclencher la vidéosurveillance avant que la police n’arrive », raconte Alexandre Bonnuit. Le lendemain, l’histoire s’aggrave quand l’individu menaçant reconnaît dans le train arrivant à Rambouillet, la femme-médecin. « C’est toi qui étais à la pharmacie, je te retrouverai ! » lance-t-il. La femme agressée va déposer une main courante au commissariat de Rambouillet.

 

Des faits de plus en plus fréquents

Face à ces événements, le pharmacien a décidé de ne plus proposer de vaccination dans son officine. « C’est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. J’ai pris cette décision pour la sécurité de mon équipe, de moi-même et de mes patients » a-t-il expliqué à nos confrères.

L’homme déplore « des agressions verbales quasi quotidiennes. […] Depuis l’extension du passe sanitaire, le 9 août, on a vu une nette aggravation de ces faits ». Lassé par ce genre de comportements, le pharmacien a interpellé la députée des Yvelines, Aurore Bergé (LREM). « On ne se sent pas du tout soutenus… Il est largement temps que l’État s’occupe de ses soignants » a-t-il exhorté.

 

« La tolérance zéro, il faut l’appliquer »

« J’ai 45 ans, je n’ai jamais vu autant de violences depuis que je suis pharmacien à Rambouillet. La ville est tranquille. J’y exerce depuis 2011. Je suis choqué ! », confie le pharmacien qui a reçu de nombreux messages de soutien de commerçants, de clients et du groupe Facebook qui rassemble 6500 pharmaciens. L’Etat prône la tolérance zéro vis-à-vis des professionnels de santé. Il faut l’appliquer ! Nous avons lancé une campagne pour signaler dans nos pharmacies qu’agresser un professionnel de santé est puni de 3 ans de prison et de plus de 45 000€ d’amende. Des cours de self-défense et des appels à des psychologues sont proposés sur notre groupe », témoigne Alexandre Bonnuit.

À la pharmacie de la gare, l’épidémie et les campagnes de tests et de vaccinations ont amené de nouveaux clients : 20 à 25 par jour pour les tests antigéniques. Et des personnes qui parfois viennent de 50 à 60 kilomètres autour de Rambouillet pour avoir le vaccin Moderna réputé plus efficace contre le Variant delta.

Protéger son équipe

Aussi, le pharmacien veut alerter l’opinion et les pouvoirs publics. « J’ai rendez-vous avec notre députée, Aurore Bergé cette semaine. Je vais prendre un avocat suite à l’agression du 18 août. ». Les insultes au quotidien ont des effets immédiats juge le pharmacien : « J’ai une salariée qui est partie il y a 3 semaines et une autre déjà partie. Nous sommes en sous-effectif et on ne trouve pas de personnel », révèle Alexandre Bonnuit qui préfère ne plus faire les vaccins jusqu’à nouvel ordre pour protéger son équipe. Désormais, partout dans la pharmacie, des pancartes bien visibles mettent en garde les clients : agresser un professionnel de santé, c’est 3 ans de prison et 45000€ d’amende. L’effet est dissuasif : « Hier, une cliente commençait à hausser le ton contre la vaccination. Nous lui avons montré la pancarte, elle s’est aussitôt calmée… »

 

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